A Gorée, les matchs « musulmans contre chrétiens » ont rythmé les années 1940

Dès les années 1940, le navétane faisait partie de l’ordinaire des jeunes de l’île de Gorée pendant les grandes vacances. En dehors des matches entre quartiers, les rencontres entre musulmans et chrétiens ont aussi marqué les esprits.

Si le mouvement navétanes prend ses sources à Saint-Louis, selon Garang Coulibaly fin connaisseur du sport national, Gorée s’est distinguée des autres localités du Sénégal avec genre de match particulier : Musulmans contre Chrétiens. Comme partout ailleurs dans le pays, l’Ile de Gorée ne pouvait échapper à ce phénomène. Même si les matches entre « différents quartiers de la localité étaient les plus courus, les parties opposant chrétiens et musulmans étaient aussi attendus », selon Amadou Moustapha Camara, premier président de l’Organisme nationale de coordinations des activités de vacances (Oncav) et originaire de l’Ile-mémoire. « Et pas en termes d’enjeux, mais de symbolique », précise-t-il. Parce que pour lui, « ces rencontres symbolisaient la fraternité entre les communautés musulmane et chrétienne de l’île  qui avaient (et ont toujours) des liens très forts », souligne Amadou Moustapha Camara. Les rencontres avaient pour théâtre d’opération, la devanture de l’Eglise de Gorée et sous les yeux de parents et d’amis des joueurs. « C’était notre Wembley », note-t-il le sourire aux lèvres. Et malgré le caractère particulier des matchs, « aucune bagarre ne se produisait jamais », assure le premier président de l’Oncav.
De l’avis de l’ancien directeur des Sports, « l’esprit sportif était très développé chez nous ». Il ne pouvait en être autrement, puisque de part et d’autre, on ne retrouvait que des cousins et des amis. En ce qui le concerne, il se souvient qu’un certain « Preira me faisait sonner la cloche de l’Eglise alors que je suis musulman ». Cet esprit de fraternité qui a animé les habitants de Gorée, il veut « que les générations actuelles et futures le préservent pour faire du Sénégal une exception » dans ce monde où la manipulation et l’intolérance font la loi.

Rôles des marins français
Ce type de rencontres des années 1940 faisait de Gorée une exception dans le format d’organisation des navétanes. Privilégiée par son statut de Commune avec la nationalité française accordée à ses habitants (de même que Dakar, Rufisque et Saint-Louis), Gorée s’épanouissait réellement avec la pratique sportive. Ce, grâce à « la présence d’un camp militaire de la marine française », se souvient l’ancien inspecteur régional de la jeunesse de Casamance. En effet, « les marins français nous ouvraient grandement les portes de la caserne pour nous permettre de nous entraîner ». Dotée des installations en football, basketball et volleyball, Gorée, grâce à cette caserne, est pionnière de ces dernières disciplines au Sénégal, témoigne M. Camara.
Les face à face entre chrétiens et musulmans ne perturbaient pas l’office religieux, tient-il à préciser. Parce que « même si nous étions jeunes, nous étions bien organisés ». La vie était très active durant cette période, non seulement du fait de la présence du camp militaire des marins, « mais aussi du fait de l’implantation dans la commune de l’Imprimerie nationale et de l’Ecole William Ponty », selon Amadou Moustapha Camara. La délocalisation de ces deux institutions, respectivement, à Rufisque et Sébikotane a eu des répercussions néfastes dans la dynamique sportive de la ville, indique-t-il.
Même si le camp des marins a joué un grand rôle dans le décollage de la pratique sportive dans l’entité administrative de l’actuel président de la Fédération sénégalaise de football, il ne faut pas non plus négliger le rôle joué par les encadreurs. Amadou Moustapha Camara se souvient de deux d’entre eux : Germain Senghor et Antoine. « Des anciens militaires réformés qui ont consacré leur temps à l’encadrement de la jeunesse goréenne ». Ce Gorée des années 1940, « AMC », comme l’appelle ses intimes en rêve encore. Lui qui se « rappelle que personne n’osait verser l’eau sur la voie publique. Sinon c’est une amende qui l’attend au commissariat ». L’administration coloniale, selon lui, ne badine pas avec  la propreté. Il se rappelle aussi des visites inopinées du Service d’hygiène dans les concessions pour vérifier si tout était règle.

 

source: http://www.lesoleil.sn

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